Jean Thomin, écuyer de Frauenberg et habitant du village de Bliesransbach, confondit son assassin par delà la mort.
Jean Thomin est lâchement assassiné dans le bois de Bliesransbach, alors qu'il y chasse le 3 février 1715. Le corps, enfoui sous les feuilles et les branchages, est retrouvé par un chien de chasse. Pour démasquer le coupable, la justice seigneuriale a recours à l'épreuve du cercueil (Blutprobe) pour confondre l'assassin. Tous les habitants doivent défiler devant leur seigneur assassiné et toucher la main de son cadavre. La tradition prétend qu'au moment où le meurtrier s'avance vers sa victime, la blessure s'ouvre et le sang s'en échappe. Frappé d'épouvante et d'horreur, Peter Moor avoue son crime et indique à la justice l'endroit où il avait caché les boutons, objets de sa convoitise.
Le seigneur tué était Jean de Thomin. Jules Thilloy rapporte qu’il est mort le 3 février 1715 dans le bois de Blies-Ransbach, où il était parti chasser, assassiné par le journalier Peter Moor. Alain Grouselle précise dans un article publié en 2008 sur son blog que Jean de Thomin habitait Bliesransbach.
Lorsque le duc de Wurtemberg, époux de la dernière descendante des comtes d’Eberstein, se sépara des biens qu’il détenait à Frauenberg, il donna l’ancien « Meiergut » à Sébastien de Thomin le 31 janvier 1686, avant de vendre le château et la seigneurie à Jean‑Daniel de Merlin de Dalheim.
Ancien major des dragons au service de la Lorraine, Sébastien de Thomin avait été anobli le 27 juillet 1679 par le duc Charles V pour services rendus. Il avait établi sa résidence à Bliesransbach.
Or, Sébastien de Thomin n’était autre que le père de Jean de Thomin. Ce dernier, capitaine du régiment de la Sarre, avait reçu le 12 janvier 1707 du duc Léopold la confirmation de l’état et du rang de noblesse obtenus par son père auprès de Charles V.
Jean de Thomin n’avait pas d’enfant. Ses biens furent partagés entre ses trois sœurs, dont Nicole, qui épousa Richard de la Field puis, en secondes noces, François Sincère, père de Claude. Elle fut à l’origine, vers 1725, de la création de l’oratoire de Frauenberg.
Jean de Thomin n’était pas le seigneur de Frauenberg, ce titre étant détenu par Jean‑Daniel de Merlin. Alain Grouselle le désigne comme « l’écuyer de Frauenberg », ce qui est vraisemblable.
Il ne fait donc aucun doute que Jean de Thomin a bel et bien existé. Son assassinat semble également attesté, tant les détails transmis sont précis.
Cependant, il n’habitait pas le château et n’était probablement pas marié : aucune source historique ne mentionne d’épouse.
Quant à l’épreuve du cercueil, elle a peut‑être existé, mais sous une forme différente de celle rapportée aujourd’hui. Par exemple, on faisait défiler les habitants devant le défunt afin d’observer la réaction de chacun.
La fiction du sang coulant de la blessure à l’approche du meurtrier relève d’une croyance ancestrale. Les textes l’évoquent, mais toujours sous la forme : « La tradition prétend que… ».
Le verdict divin de Frauenberg.
Derrière les nuages d’or et de pourpre
Pointait déjà l’astre solaire.
Le jeune seigneur partant en chasse,
Prit congé de sa douce et chère.
Il s’en allait chasser à Ransbach,
Comme il aimait depuis toujours,
Là où la Blies, avec de douces vagues,
Poursuit son éternel parcours.
Le soir venu, il ne rentra pas
A la familière forteresse
La châtelaine, de peur figée,
Pressentit malheur et détresse.
Les valets, prestement alertés,
Prirent le chemin en longue file,
Afin de retrouver leur cher seigneur,
Pour qui la dame était fébrile.
Sitôt arrivés en forêt de Ransbach,
Le chien soudain se détacha,
Dans le feuillage touffu fouilla,
Et le corps du sire il dégagea.
Sur son pourpoint brun manquaient
Les lourds boutons d’argent brillants,
Pour lesquels il a été tué :
La vile convoitise d’un brigand.
Ils le couchèrent sur une civière,
En deuil le portèrent au château.
Son épouse, touchée en plein cœur,
S’enferma seule en son caveau.
Le meurtrier fut introuvable,
On saisit la justice divine.
Un miracle devait prouver
Qui avait occis la victime.
Tous, venus de près ou de loin,
Devront toucher le défunt corps,
L’auteur du crime fera ainsi
Se rouvrir la blessure du mort.
Ils vinrent nombreux, bouleversés.
Tous touchèrent la pauvre dépouille.
En dernier se traîna, le regard craintif,
Le Peter Moor, une louche fripouille
De Frauenberg - A contre coeur,
Il approcha du corps sa main.
Un cri d’effroi : du sang rouge clair
S’écoula de la plaie soudain.
L’assassin se laissa choir à terre.
Contrit, il avoua la scène,
Qui, devant de sévères juges,
Trouva juste procès et peine.
Sources : Jules Thilloy (1865), Alain Grouselle 2008
Laissez nous vous conter quelques unes des histoires et des légendes qui ont émaillé l'histoire de Frauenberg.